Contexte
Lorsqu’une compagnie d’aviation compense le dioxyde de carbone émis par les réacteurs de ses avions alimentés au kérosène en plantant des arbres, ça me met assez mal à l’aise.
Lorsqu’on reproche à la méthanisation de petit lait d’émettre du dioxyde de carbone ou du méthane, ça me met aussi mal à l’aise.
Compenser la combustion du pétrole en plantant des arbres n’a pas de sens. Le premier phénomène touche au cycle du carbone sur des millions d’années, le second un cycle centennal. Toute terre capable d’accueillir un arbre en accueillera un tôt ou tard. Tout arbre finira par relâcher son carbone en étant décomposé, dévoré ou brûlé. Brûler ou planter une forêt n’a pas d’impact sur le cycle long car cela concerne le cycle du carbone hors du sous-sol. Ce cycle a fait légèrement varier le taux de gaz carbonique autour de 278 ppm durant des siècles. Ce qui l’a fait monter à 420ppm est essentiellement son extraction du sous-sol et sa combustion.
La minéralisation d’un sol pour le long terme par désertification ou érosion joue un rôle sur le long terme.
Proposition
Comme l’eau, le carbone subit différents cycles de vies qui le conduisent dans les plantes, les animaux, le phytoplancton, le sol, le sous-sol. Ces cycles se passent à un moment ou un autre par l’atmosphère. Pour l’eau, les cycles se terminent généralement dans l’océan.
Certains cycles durent quelques mois et d’autres des millions d’années.
En l’absence des activités de l’homme moderne, la quantité de carbone dans l’atmosphère était stable. Pourtant les forêts brûlaient déjà, des fruits pourrissaient et des herbivores digéraient. Toutes ces activités produisent du dioxyde de carbone ou de méthane. Depuis le début des activités de l’homme moderne, la quantité de carbone dans l’atmosphère a augmenté de 50%.
Ce qu’a fait l’homme de nouveau est simplement d’écourter certains cycles du carbone qui permettaient de le stocker à l’écart de l’atmosphère pour de très longues durée.
Pour évaluer l’impact qu’on a sur l’augmentation du taux de dioxyde de carbone dans l’atmosphère, il faut donc impérativement se demander quel cycle du carbone on a interrompu:
C1: Le carbone de cycle annuel
L’herbe, une majeur partie des fleurs, nos cultures, les insectes stockent le carbone durant moins d’un an avant de le libérer en étant dévoré, brûlé ou par putréfaction.
C100: Le carbone de cycle centennal
La plupart des arbres stockent le carbone durant quelques décennies à quelques siècles avant d’être dévorés, brulés ou de pourrir. En tous les cas, ils libère leur carbone. Tant que le sol n’est pas détruit, la surface qu’ils laissent libre permettra à un autre arbre de pousser et de stocker la même quantité de carbone.
C1K: Le carbone de cycle millennal
Une forêt a une durée de vie millennale. Si elle brûle, elle s’en remet en quelques décennies, voire siècles. Mais si le sol s’érode et se minéralise, il faudra des millénaires pour qu’il récupère. La destruction des terres touche donc au cycle millennal du carbone.
C20M: Le carbone de vingt millions d’années
Le pétrole se forme lorsque de la matière organique s’enlise au fonds d’océans, de lacs et marécages tout en étant privée d’oxygène. L’absence d’oxygène évite la putréfaction. Le processus doit être suivi par un enfouissement de plus en plus profonds et un recouvrement. Le tout doit ensuite atteindre des profondeurs telles que la température dépasse 140°C, au delà de 4500m. On estime que ce cycle nécessite au minimum 20 millions d’années.
Planter des arbuste pour compenser le kérosène utilisé par une compagnie d’aviation est parfaitement absurde. On ne compense pas du C20M par du C100. Sans compter que si une surface peut accueillir un arbre, elle finira par en accueillir un, avec ou sans intervention humaine. Enfin, son meilleure espoir résiderait plutôt dans l’absence d’humain et de son bétail. Du point de vue de la biodiversité, ce n’est pas terrible, mais du point de vue du gaz carbonique de l’atmosphère, brûler une prairie n’a aucune conséquence. Un ou deux ans plus tard, elle aura repoussé, stockant la même quantité de carbone.
Prétendre que la méthanisation de lisier et de petit lait dégagerait autant de gaz à effet de serre qu’un moteur à essence est également une absurdité. Le lisier et le petit lait font partie d’un cycle annuel du carbone, du C1. Sans vache, et principalement en hiver, les brins d’herbe finissent par se décomposer en libérant du méthane et du CO2. S’ils sont dévorés par une vache, ils libéreront en tous les cas du méthane et du CO2, à partir de son estomac, son intestin, sa bouse, son urine ou son petit lait épandus. Lorsqu’il est capté, le méthane permet sa combustion qui rejette de l’eau et du CO2, dont l’effet de serre est inférieur.
Le méthane issu de la biomasse fait donc partie d’un cycle du C1. Il ne se compare pas au C20M d’un moteur à essence. Prélever quelques arbres d’une forêt pour se chauffer, c’est du C100, voire du C10. Ce n’est pas trop grave. D’ici une dizaine d’années un nouvel arbre reprendra le carbone libérer. Surexploiter une forêt et appauvrir son sol, je verrais plutôt ça comme du C1000. Pour pouvoir à nouveau capter autant de carbone qu’une forêt préservée, il lui faudra des siècles voire plus.
Pour simplifier, estimons que le carbone atmosphérique actuel fait partie pour un quart de chaque cycle. 100ppm du carbone atmosphérique actuel fait partie du cycle du C1, 100ppm du C100, 100ppm du C1K et 100ppm du C20M. L’effet de l’homme est probablement insignifiant sur le C1. Il est mesuré sur le C10. Il est important sur le C1k, au vu des hectares de forêt devenus champs, routes, villes et jardinets. Mais il est principalement notable sur le C20K.

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