Contexte
Qui a bien pu mettre une corne sur le nez du rhinocéros ?
Dieu ?
Je ne crois pas ! Ça doit être le hasard.
Face à l’incompris il ne semble n’y avoir que ces deux options : le déterminisme d’un être qui nous dépasse ou le hasard. L’animisme ou le chaos. Heureusement, Darwin est venu mettre tout ça en lumière. Avec sa théorie de facho, il est allé planter des cornes sur les nez des rhinos. Je n’ai rien contre ce brave Monsieur. Je n’aurais pas refusé de boire un thé avec lui. Mais si je m’en tiens à sa logique, je vous parlerai sans doute avec une corne sur le pif. L’un de mes ancêtres au tarin particulièrement cornu y aurait trouvé un avantage pour repousser ceux qui en auraient eu après son repas ou sa conquête. Et même si ça aurait pu comporter quelque inconvénient, la particularité aurait fini par devenir la norme.
Mais pourquoi pleures-tu quand je te parle tendrement d’avoir des enfants ? Tu as peur de t’engager ?
Non mais j’me suis pris ta corne dans l’œil ! 
Proposition
Et si on reprenait tout à la base ?
Darwin ?
Non avant !
Les Celtes ?
Non ! Encore un peu avant : le big bang.

Au début il y avait une soupe de trucs dissemblables, capables d’interactions destructrices ou constructives. Les particules élémentaires. Et un beau jour elles se sont stabilisées dans un nouvel ensemble : un hadron. Les hadrons ont interagi et se sont stabilisés en atomes. Se stabiliser en un nouvel ensemble, je vais appeler ça une itération fractale. J’aurai aussi pu dire faire la nouba, mais ça fait moins sérieux. Et je vais les numéroter avec une lettre devant pour faire plus chic, dans le genre G1, G2. La barre du G représente un élément couché. La spirale autour symbolise sont potentiel d’intégration dans un ensemble plus grand.
Je reprends le compte en partant du G1. Un mathématicien ou informaticien aurait dit G0, mais voilà j’élève des poules et la première poule est la première poule. Et je ne suis pas sûr qu’il n’y ait pas un truc avant du genre un infra-gluon.  L’atome est un G3, la molécule, comme un acide aminé, est un G4, la cellule un G5, le pluricellulaire un G6. C’est le grand égo, ce que vous appelez un être, votre identité est un paquet de trucs élémentaire avec cinq itérations fractales. Je ne vais pas appeler mon système la vie, car c’est un concept trop fortement associé à notre égo hypertrophié. Notre définition du vivant est à ce point associée à notre image, qu’on en a exclus les virus en ajoutant comme critère la capacité de reproduction indépendante. Je ne vais pas me battre contre cette définition absurde, surtout avec un type né par césarienne. Je l’appellerai plutôt un état élaboré de la matière, ou la Xie. Le X n’est qu’un V qui regarde dans tous les sens et pas uniquement vers son nombril.

‘p’is après ?
Tout fier de résoudre des équations du troisième degré, le numain se croit en bout de chaîne évolutive. Comme il a cru son patelin au centre de la terre, la terre au centre de l’univers, et plus tard le soleil. Il se place toujours sur le piédestal. Il considère la conscience de soi comme l’évolution ultime de la xie. Mais le numain et son égo hypertrophié auront disparu depuis bien longtemps d’avoir scié la branche sur laquelle il bouffait des chips que la terre tournera toujours. Et l’évolution continuera à faire ce qu’elle fait de mieux : évoluer.

Je ne suis pas fondamentalement opposé à la théorie de Darwin, mais je crois qu’il s’est simplement trompé d’itération fractale. Aussi loin que l’on étudie l’humain, en dehors de l’humain perverti par le mode de xie à la romaine, il xit en tribu, un G7. Et la pression à la surxie s’est plus fortement exercée sur la tribu que sur les bonshommes qui la composent. Sinon comment expliquer l’altruisme, nos échecs à la reproduction lors de 99% de nos tentatives, la longue survxie des femmes après la fécondité et la persistance d’individus grevés d’importants désavantages ? Un ours, qui est clairement en bout de chaine d’itérations fractales, lorsqu’il croise une demoiselle, il tue ses gamins et la viole. C’est probablement l’approche la plus rationnelle à adopter dans un schéma darwinien. Si l’on comparait un ours actuel à un ours primitif, il a probablement les ongles et les dents un peu plus longs. Il a subi une optimisation de sa capacité de surxie de G6. Mais lorsque je vois mon voisin essayer d’allumer son barbecue, que je l’imagine à côté d’un Néandertalien, je doute que l’évolution ait optimisé nos performances de G6. En bon élément de G7, il est en revanche très à l’aise pour prétexter un charbon humide et demander un coup de main, probablement avec plus de doigté que n’en aurait montré le néandertalien.
Nous sommes entourés d’existences plus abouties que la nôtre et nous ne le voyons même pas. Lorsque certains fantasment la rencontre avec des extraterrestres, je ne peux m’empêcher de penser que nous ne les identifierions même pas. A notre image, nous cherchons un sac de peau rempli de viande et d’os. La fourmilière, par exemple, est un G7 accompli, où le G6 est devenu insignifiant. La fourmilière peut détruire un arbre, architecturer des dômes de terre, couvrir des hectares. La fourmi peut… porter une brindille.


‘p’is après ?
Qu’est-ce qu’un amalgame de fourmilières, de hordes, de futaies, de tribus et d’essaims ?
Mmh … Un biotope ?
Ouaiche gros ! Un biotope ! Un bout de forêt entre la rivière, la falaise et la clairière. Là où poussent les noisetiers, les ormes et les épicéas. Là où paissent les cervidés craintifs. Là où guettent les renards, loups et lynx. Là où les réseaux racinaires s’échangent des nutriments et des infos sur les ravageurs. C’est un être xivant, un G8, composé de G7, G6, G5... Il a tout d’une itération fractale : il est composé et composant, et il interagit avec ceux de son niveau fractal. A sa lisière, il empiète parfois sur le territoire de l’autre, bénéficie de sa fraiche humidité, lui envoie ses parasites. S’il prend feu, l’autre prendra sa place. Il xivra plus que des milliers d’années s’il tient à l’équilibre. On aime bien être animiste et affubler des consciences à droite et à gauche. Alors s’il en avait une, son ambition serait l’équilibre en mouvement dans la diversité. Elle devrait s’assurer que les nutriments circulent en son sein et alimentent tous ses Gx. Elle devrait veiller à ce qu’aucun ne surpasse les autres. Imagine une plante parfaitement adaptée aux conditions climatique du moment, mieux que toutes les autres. Elle éliminerait tous ses concurrents en proliférant. Puis les conditions climatiques changent et d’un coup c’est le désert.
Le biotope devrait se méfier des gouffres énergétiques, comme un gros éléphant paresseux. Ce seraient les conditions de sa surxie et de son avantage sur les biotopes voisins.
Sous cet angle, je n’vais pas te faire l’insulte d’expliquer qu’une bombe épidémique n’a qu’une fonction régulatrice. L’arbre jeune au pied d’un arbre mort grandit et transforme le minéral en organique. Le jeune arbre aux pieds d’un arbre xigoureux est un gouffre d’énergie qu’il stocke vainement. Un ongulé va le brouter, avant de se faire bouffer par la meute de loups qui déféquera aux pieds du noble arbre. Si par malheur les loups qui nichent près de la rivière se laissent noyer par une crue, les ongulés prolifèrent. Ils vont constituer de larges hordes connectées en réseau et ravager tous les jeunes plants. Ils ne laisseront aucune chance à la forêt pour se régénérer. Pour le G8, la prolifération d’un élément qui le compose est la pire des plaies. Si le biotope a pris la précaution de planquer des bombes épidémiques dans ses pangolins, c’est la survie assurée : les ongulés connectés en réseau seront rapidement ramenés à une population plus raisonnable en attendant le retour du loup. Le biotope qui n’a pas pris cette précaution perdra sa capacité de régénération. D’autre biotopes mieux optimisés prendront sa place. Alors oui, Darwin avait raison sur ce point : la surxie du plus adapté.
Les maladies servent également à réguler le végétal. Dans mes montagnes, il y avait trois espèces d’arbres : les arolles, les mélèzes et les épicéas. Les deux premiers ont été ravagés pour faire des poutres de chalet et des chaises sculptées de laides rosaces. Les forêts sont devenues le cauchemar des biotopes : un feuillage sombre et persistant au-dessus d’un sol nu. Et c’est à peu près tout. Heureusement un parasite vient ravager les épicéas qui, collés les uns aux autres, tombent comme des dominos. Les clairières laissent le champs libre aux autres.

‘p’is après ?
‘b’en après, c’est la planète terre. Une biosphère, un ensemble de biotopes. Elle n’interagit pas trop avec d’autres biosphères et ne compose pas grand-chose de plus grand qu’elle-même. Les systèmes stellaires n’entrent pas dans mon modèle fractal car les interactions se limitent essentiellement à des histoires de gravitation. La terre n’est donc pas un élément fractal dans mon système d’état élaboré de la matière et ne mérite pas le nom de G9. Elle est bornée, alors je l’appellerais H9. Les barres latérales confinent l’entité allongée en son centre. Star Treck avait raison, l’avenir de notre espèce est la rencontre avec ET. Je mélange mes fictions, mais ça nous enlèverait une épine du pied ces délires. Au lieu de ça, on est confinés en bout de chaîne fractale : seule civilisation sur la seule planète accessible. Et merde ! Nous sommes une civilisation sans interaction forte avec d’autres : une société H7. Et finalement, les interactions entre nous ne sont pas si fortes. Elles consistent essentiellement à amasser suffisamment de pognon pour se payer une tondeuse à gazon rouge pour Monsieur et un zircon pour Madame. Parc’qu’elle le vaut bien, mais faut pas déconner.  Plus grand monde ne se soucie de la pérennité du groupe dans ses choix individuels. C’est de la faute à ces cons de Romains. En bon H6, ils se souciaient essentiellement d’accumuler suffisamment de resources pour eux-mêmes et éventuellement pour leur progéniture. La cause de la fin de l’empire romain est évidente : mettez ensemble 1000 H6 dont l’unique ambition est d’avoir plus de biens que les 999 autres et vous verrez le résultat. Ceux qui sont nommés barbares dans les livres d’histoire sont essentiellement issus de tribus germaniques coalisées. Le nord-est de l’Europe avait été préservé de la H7isation romaine. En tant que fédérations tribales, elles figuraient un idéal évolutif : le G8. Un groupement de tribus, telle que l’avaient quelques siècles plus tôt constitué les Allobroges, les Helvètes et l’alliance de Vercingétorix. Ces tribus unies sillonnèrent l’Europe dans tous les sens sans rencontrer de résistance. Agissant comme un seul homme, prêts à se sacrifier pour le groupe, ils semèrent la terreur. Les H6 courraient dans tous les sens les bras chargés en criant « prenez ma femme et mes enfants mais laissez-moi mon or ! ». Malheureusement après avoir reconquis l’Europe, ils ne furent pas assez nombreux pour imposer leur modèle de civilisation en cohérence avec l’évolution fractale et nos ancêtres retournèrent mollement vers le H7. Le modèle actuel d’états-nations est une illusion de modèle de sociétés différenciées. La réalité est que dans tous les coins du monde, les H6 sont essentiellement occupés à se prendre en selfie et à se poster sur des résôsôciôs mondiaux. Nous restons donc des H6 perdus dans un immense H7. Les biotopes ravagés et uniformisés méritent à peine le nom de G8 et notre planète isolée est qu’un H9. Il n’est pas beau à le schéma fractal où l’on baigne.
Qu’il y ait de la xie ailleurs dans l’univers, je n’en ai aucun doute. En tentant une infinité de fois une expérience infiniment improbable, on finit bien par obtenir quelque chose. De la vie, j’en suis moins sûr. Je doute qu’ailleurs il existe un sac de viande qui répète inlassablement « moi, je ». Et s’il y en avait eu un, je doute de sa pérennité. La conscience de soi est une aberration évolutive : comme avantage trop important, elle nous a d’abord mené à éliminer tous les G6 plus gros ou plus forts : élans, tigres à dents de sabres, et j’en passe. Puis tous les G7 gênants : meutes de loups, troupeaux d’aurochs et de mammouths. Nous avons ensuite ravagé les G8 en les appauvrissant et en mélangeant leurs G6, d’innocentes plantes qu’on accuse d’être invasives. Et cela ne nous a pas suffit : nous nous sommes attaqués au H9, la terre, en modifiant son atmosphère, son cycle de l’eau, son climat.
Heureusement pour la xie sur les autres planètes, on ne la reconnaîtra pas. Comme on n’a pas su reconnaître les xies qu’on avait sous le nez en les saccageant allègrement : les biotopes et la biosphère.

Et pour qui tu te prends pour mettre en cause la théorie de l’évolution, la définition de la vie ou de la maladie et pour donner un sens à une épidémie ?
Oh pour personne. Moi j’élève des poules. Sans corne sur nez. Et faudrait que j’les rentre. Il va faire nuit.

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